Un an après, la mort de Mariam Abu Dagga reste inexpliquée
La journaliste a été tuée avec au moins cinq confrères au complexe médical Nasser ; l'armée israélienne affirme que son propre examen est toujours en cours, et sa famille réclame une enquête indépendante.

La journaliste palestinienne Mariam Abu Dagga a été tuée il y a un an au complexe médical Nasser, à Khan Younis, frappée par des tirs successifs de chars israéliens alors qu'elle couvrait l'actualité depuis l'hôpital. Elle avait 33 ans.
Abu Dagga travaillait pour Independent Arabia et l'Associated Press. Au moins cinq autres journalistes ont été tués dans l'attaque contre l'hôpital, ainsi que des membres du personnel médical, et 22 Palestiniens ont péri dans les deux frappes.
C'est l'enchaînement de ces tirs que sa famille et ses confrères veulent voir examiné. La seconde salve s'est abattue sur les personnes rassemblées sur place après la première, un procédé communément appelé frappe « double tap ».
Le quotidien britannique The Independent, dont elle alimentait l'édition arabe, a publié des conclusions détaillées sur l'attaque et demandé que les responsables rendent des comptes. Le journal indique avoir soumis ces conclusions à l'armée israélienne et lui avoir demandé des réponses sur des violations précises.
L'armée n'a pas répondu sur le fond, se bornant à indiquer que son examen était toujours en cours dans le cadre de son mécanisme d'établissement des faits et d'évaluation rattaché à l'état-major. Sa famille et ses confrères estiment qu'un examen interne israélien ne peut déboucher sur aucune reddition de comptes et réclament une enquête internationale indépendante pour établir ce qui s'est passé à l'intérieur de l'hôpital et qui doit en répondre.
Une cérémonie s'est tenue mardi à Gaza pour marquer l'anniversaire de la frappe.
Abu Dagga savait ce qu'elle risquait. Elle avait envoyé son fils adolescent aux Émirats arabes unis à mesure que la guerre s'intensifiait, et avait rédigé un testament alors que les forces israéliennes se rapprochaient de l'hôpital où elle travaillait. Sa mère est morte d'un cancer en 2024, quand les soins étaient devenus difficiles d'accès à Gaza, et Abu Dagga avait auparavant donné l'un de ses reins à son père.
Plus de 200 journalistes palestiniens ont été tués depuis 2023, selon le décompte tenu par le Comité pour la protection des journalistes, le bilan le plus lourd de tous les conflits recensés par l'organisation.
Les journalistes étrangers restent, dans une large mesure, dans l'impossibilité de travailler de façon indépendante à Gaza. La documentation de la guerre repose donc sur les journalistes palestiniens, qui la couvrent depuis les lieux mêmes où ils la vivent avec leurs familles.