Des enfants de Gaza lancent une chaîne média depuis les tentes
À Al-Mawasi, de jeunes présentateurs utilisent des studios de fortune pour raconter leurs propres histoires et reprendre la main sur le récit de la guerre.

À Al-Mawasi, à l'ouest de Khan Younis, des enfants palestiniens ont créé la chaîne Palestine Pioneers. Cette plateforme médiatique animée par des jeunes leur permet de documenter ce qu'ils vivent, caméra et micro à la main, à l'intérieur des camps de déplacés du sud de la bande de Gaza.
L'initiative tranche avec les images habituelles de longues files d'attente pour l'aide. Loin d'être des sujets passifs, ces enfants sont présentateurs et techniciens. Ils racontent leurs souffrances et leurs espoirs dans des programmes de télévision et de radio numériques conçus par leurs pairs.
Amal Anaba, présentatrice de 13 ans, affirme que les enfants de Gaza gardent espoir et talent. Elle souligne qu'ils se tiennent désormais devant des caméras plutôt que dans des files d'attente pour la nourriture. Leurs voix portent jusqu'au public international des récits personnels de résilience, et non de simples images de désespoir.
Le projet a commencé par des séances de formation rudimentaires, sans aucune infrastructure. Les participants s'exerçaient à l'interview avec des objets improvisés en guise de caméras, perchés sur des points en hauteur. Des couvertures et des dons ont fini par transformer un modeste espace sous tente en studio de télévision de fortune, mais fonctionnel.
Mais Al-Kurd, 12 ans, est réalisatrice dans les coulisses. Elle prépare les séquences des émissions et surveille les aspects techniques, du son à la prise de vue. Son rôle garantit que les jeunes pionniers apparaissent de manière professionnelle, avec les moyens limités dont dispose l'équipe.
Le responsable de la chaîne, Yousef Khattab, souligne que l'initiative apporte un soutien psychologique en plus de la formation aux médias. Beaucoup de participants ont perdu des proches ou ont été blessés pendant le conflit. Le programme aide à reconstruire la confiance en enseignant les techniques d'interview et le maniement de la caméra, dans des conditions de vie très dures.
Les coupures d'électricité limitent la diffusion à deux heures, une ou deux fois par semaine. Faute de matériel, des écouteurs remplacent les équipements audio professionnels. Vingt-neuf enfants participent actuellement, et les organisateurs espèrent les mettre en relation avec des jeunes de Cisjordanie et de la diaspora, malgré les difficultés logistiques persistantes.