Des bénévoles sauvent le patrimoine antique de Gaza des décombres
L'équipe Heritage Guardians sauve des objets à mains nues, tandis que les autorités qualifient de vol, et non de protection, le transfert de trésors vers la France.

À Khan Younis, des bénévoles en gilet jaune travaillent en silence au milieu des ruines bombardées. Ils soulèvent avec précaution, à la main, des fragments de pierre et des poteries. Ce groupe, connu sous le nom de Heritage Guardians Team, s'efforce d'éviter que le patrimoine archéologique de Gaza ne disparaisse entièrement sous les décombres des bombardements israéliens incessants.
L'initiative est rattachée à l'Association Mayasem pour la culture et les arts. Malgré les violences en cours, ces bénévoles recherchent méthodiquement des objets irremplaçables. Ils enveloppent les pièces de céramique dans les matériaux de protection dont ils disposent. Leur détermination reste intacte, même lorsqu'ils contemplent des statues antiques brisées au sol.
Hamouda al-Dahdar dirige le département des sites archéologiques au ministère du Tourisme et des Antiquités de Gaza. Il affirme que les forces israéliennes ont visé de manière systématique de nombreux sites archéologiques. La plupart étaient restés fermés pendant toute la guerre. Selon lui, ces attaques n'avaient aucune justification militaire apparente dans le conflit en cours.
Avant la guerre, Gaza abritait des objets couvrant cinq mille ans de civilisation. Cinq grands musées conservaient l'essentiel des pièces mises au jour. Aujourd'hui, plus de cinq cents sites historiques ont été endommagés. La destruction ne touche pas que les habitations : elle emporte aussi des trésors patiemment fouillés et préservés pendant des décennies par des spécialistes locaux.
Yousef al-Abadla, journaliste et membre de Mayasem, souligne l'ampleur des pertes. Le musée archéologique de Qarara, qui abritait plus de trois mille cinq cents pièces, a été détruit. Rien n'a pu être récupéré, le site se trouvant au-delà de la ligne jaune. Israël interdit aux habitants de Gaza de franchir cette limite pour récupérer leur histoire culturelle.
Parmi les autres sites majeurs figurent le hammam al-Sammara, millénaire, et la Grande Mosquée Omari. L'église byzantine de Jabalia et les ruines de Tal Rafah ont été rasées au bulldozer. Al-Dahdar souligne que ces sites, les plus anciens, se trouvent à l'intérieur de la ligne jaune contrôlée par Israël. Ils ont été entièrement réduits en gravats par les engins lourds et les bombes.
L'UNESCO a confirmé des dommages sur cent soixante-quatre sites du patrimoine culturel en mars 2026. Les cinq principaux musées ont tous été gravement endommagés. Pendant ce temps, la France a accueilli une exposition d'objets sortis du territoire. Le ministère de Gaza parle de vol et affirme qu'aucune coordination n'a eu lieu. Une véritable protection, plaide-t-il, passerait par un transfert de la garde à l'Autorité palestinienne.
Al-Dahdar juge ce transfert illégal en l'absence de participation des institutions palestiniennes. Il indique que des organisations internationales de défense des droits humains prennent désormais contact avec les autorités. Des démarches sont engagées pour obtenir le retour des pièces manquantes. Les bénévoles poursuivent leur travail précaire sans équipement spécialisé, au risque d'endommager encore, de façon irréversible, des objets antiques fragiles.