Un seul scanner pour un million d'habitants dans le nord de Gaza
Le directeur du complexe médical Al-Shifa évalue la pénurie de médicaments essentiels à 52 %, et affirme que 21 000 patients ont désormais besoin de soins qu'aucun hôpital du territoire ne peut leur offrir.

Le docteur Mohammad Abu Salmiya, directeur du complexe médical Al-Shifa à Gaza-ville, a averti dimanche que les hôpitaux de la bande de Gaza manquent de médicaments, de consommables à usage unique, de matériel de laboratoire et de pièces détachées pour leurs appareils, et que ce déficit s'est creusé au point de mettre des milliers de vies en danger.
Il a détaillé chaque catégorie. Le déficit dépasse 52 % pour les médicaments essentiels, atteint 70 % pour les consommables médicaux et plus de 80 % pour les fournitures de laboratoire. Plus de 80 % des équipements d'imagerie autrefois installés dans la bande de Gaza — appareils de radiographie, scanners et IRM — ont été détruits ou mis hors d'usage, et il ne reste plus qu'un seul scanner en état de marche dans le nord du territoire pour plus d'un million d'habitants.
L'enjeu dépasse les machines elles-mêmes : un hôpital qui ne peut pas réaliser d'imagerie ne peut pas décider de la suite. Abu Salmiya a indiqué qu'environ 21 000 patients et blessés ont désormais besoin de soins spécialisés totalement indisponibles à Gaza. Quelque 4 000 d'entre eux sont des malades du cancer en attente de chimiothérapie, de radiothérapie ou des examens permettant de savoir si le traitement fonctionne. Plus de 10 000 sont des blessés de guerre qui nécessitent des opérations complexes : reconstruction orthopédique, neurochirurgie, interventions sur le cœur et les vaisseaux.
Le groupe le plus nombreux est aussi le moins visible. Environ 350 000 personnes atteintes de maladies chroniques ne reçoivent leurs médicaments à aucun rythme régulier, dont quelque 71 000 diabétiques qui manquent à la fois de traitement et du matériel servant à surveiller la maladie. Près de 2 500 d'entre eux sont des enfants, qui ont besoin d'une mesure quotidienne pour connaître leur dose.
Les hôpitaux perdent aussi les installations qui font vivre leurs services. Les groupes électrogènes tombent en panne à répétition et ne peuvent être réparés faute de carburant, d'huile et de pièces de rechange, et le manque de pièces pour les centrales à oxygène touche directement les soins intensifs, les couveuses néonatales, les blocs opératoires et les urgences — les services où une interruption se compte en minutes.
Abu Salmiya a affirmé que le système de santé s'enfoncera dans un effondrement plus grave encore que celui qu'il connaît déjà si les restrictions ne sont pas assouplies. Ce qui doit entrer sans délai, a-t-il dit, ce sont les médicaments, les consommables à usage unique, le carburant, les pièces qui font tourner les groupes électrogènes et celles qui font fonctionner les centrales à oxygène. Les hôpitaux ne peuvent pas soigner correctement, a-t-il ajouté, tant que ces produits restent bloqués hors du territoire.