Gaza Gazette
Droits humains

Ben-Gvir filme des prisonnières et se félicite de leurs conditions

La vidéo qu'il a publiée dimanche le montre expliquant à des Palestiniennes détenues à Damon que les privations qu'elles décrivent relèvent de sa propre politique, et qu'il en est satisfait.

Ben-Gvir filme des prisonnières et se félicite de leurs conditions

Le ministre israélien de la Sécurité nationale, Itamar Ben-Gvir, a publié dimanche une vidéo où on le voit entrer dans une section d'une prison israélienne où sont détenues des Palestiniennes et leur dire que les privations qu'elles venaient de lui décrire relevaient de sa propre politique. Les médias israéliens ont identifié l'établissement comme étant Damon, dans le nord du pays, où est détenue la majorité des Palestiniennes incarcérées par Israël.

Dans l'enregistrement, l'une des femmes lui explique que le personnel fait des descentes à répétition dans la section, de jour comme de nuit, et qu'elle et les autres restent sans eau utilisable, sans vêtements propres et sans soins médicaux. C'était leur troisième jour, dit-elle, sans possibilité de se laver. S'exprimant par l'intermédiaire d'un interprète, le ministre a répondu que l'époque des « bonnes conditions » dans les prisons était révolue, qu'il était directement responsable de tout ce qui s'y passe et qu'il était satisfait du résultat. Il a rejeté sa demande d'assouplissement des conditions. Les visages des femmes ont été floutés avant la diffusion de la vidéo.

Dans le texte publié avec la vidéo, il a qualifié les plaintes des prisonnières de « pleurnicheries » de « terroristes », a opposé leur traitement à celui des Israéliens retenus captifs à Gaza et a affirmé qu'il continuerait à gérer les prisons selon ce qu'il a appelé le strict minimum du minimum.

La Société palestinienne des prisonniers a estimé que le fait de filmer ces femmes et de diffuser les images constituait une atteinte à leur dignité, et qu'un ministre qui publie de tels enregistrements à répétition ne documente pas les prisons mais y fait campagne. Elle a indiqué que des centaines de témoignages recueillis auprès de prisonniers et de personnes libérées des prisons et des camps militaires israéliens font état de mauvais traitements continus et de la privation de droits élémentaires.

La Commission des affaires des détenus et anciens détenus a décrit la visite comme une mise en scène politique plutôt qu'une inspection, organisée pour effrayer les femmes et les briser devant une caméra. De telles conditions, a-t-elle affirmé, ne relèvent pas de la négligence mais d'une politique de représailles, fondée sur l'humiliation, la faim et la privation.

C'était le deuxième enregistrement de ce type ce mois-ci. Plus tôt en août, le ministre s'était filmé en train de balayer le récit d'une autre prisonnière évoquant une nourriture de mauvaise qualité, de l'eau sale, l'absence de soins médicaux et le manque de temps en plein air, lui répondant qu'une prison n'est pas un hôtel. Depuis son entrée en fonction fin 2022, il a réduit la nourriture et l'eau fournies aux prisonniers palestiniens, restreint et supprimé les visites familiales, écourté les douches, retiré ce que l'administration pénitentiaire qualifie de privilèges, étendu le recours à l'isolement et transféré des centaines de prisonniers d'un établissement à l'autre. En 2025, il s'est publiquement opposé à une décision de justice israélienne ordonnant aux autorités de nourrir correctement les prisonniers palestiniens.

Ce qui s'est passé à l'intérieur de Damon ces dernières semaines est documenté indépendamment de la vidéo. Des organisations de défense des prisonniers ont recensé sept descentes et opérations punitives contre les sections de femmes entre le 29 juillet et le 18 août, dont deux le 1er août et deux autres les 17 et 18 août. Trois de ces femmes sont enceintes et sont privées de visites, tant familiales que de la Croix-Rouge, affirment ces organisations. Des femmes libérées décrivent des fouilles à nu, des menaces, la privation de sommeil, des sections si surpeuplées que les détenues dorment à même le sol. Les estimations palestiniennes du nombre de femmes détenues varient entre 88 et 94, et ces groupes ont appelé l'Organisation mondiale de la santé, ainsi que le Comité international de la Croix-Rouge, à intervenir.

L'importance d'une visite filmée ne tient pas à ce qu'elle révèle. Presque tout ce que montre la vidéo était déjà établi, recueilli auprès de prisonnières libérées et d'avocats et consigné dans des rapports auxquels les responsables israéliens ont généralement répondu par le démenti ou l'indifférence. Ce qui change lorsqu'un ministre entre avec une caméra et publie lui-même le résultat, c'est le statut de ces faits : les conditions cessent d'être une accusation à réfuter pour devenir une affirmation à énoncer, de sa propre voix, malgré les protestations des femmes qui lui font face.