Gaza Gazette
Santé

Médecins : la malnutrition a bloqué la croissance à jamais

Une fillette de six ans à Gaza-ville a l'âge osseux d'un enfant de deux ans, et un bébé de 10 mois né d'une mère affamée est soigné pour le cœur, les reins et les poumons. Le retour de la nourriture n'a fait bouger ni l'un ni l'autre diagnostic.

Médecins : la malnutrition a bloqué la croissance à jamais

Les médecins qui soignent une fillette de six ans dans le quartier de Sabra, à Gaza-ville, ont dit à sa famille que ce que la faim a fait à son corps est irréversible. Amira Rashid pèse 12,5 kg, mesure un mètre et a l'âge osseux d'un enfant de deux ans. Elle passe ses journées sur un matelas, trop faible pour se lever, les mains marquées par les perfusions qu'on lui a posées.

Sa mère, Aya Rashid, l'a conduite à l'hôpital pour enfants Abdel Aziz al-Rantisi en janvier 2025, après que la fillette s'est plainte de douleurs à la poitrine ; les médecins y ont constaté une taille et un poids très inférieurs à ceux attendus à son âge. Les examens ont conclu à une malnutrition aiguë sévère, qui avait déjà provoqué un grave retard de croissance. La famille était restée dans le nord de la bande de Gaza pendant toute la guerre et, en août 2025, lorsque le Cadre intégré de classification de la sécurité alimentaire (IPC), soutenu par l'ONU, a déclaré la famine à Gaza-ville, la farine avait disparu des marchés et la mère dit qu'elle faisait du pain d'orge.

La fillette a été hospitalisée, et son poids n'a pas bougé. Sa mère attendait du cessez-le-feu entré en vigueur en octobre 2025 qu'il change les choses, une fois la nourriture revenue. Dix mois plus tard, les médecins affirment que son corps ne répond plus au traitement et qu'ils ne trouvent ni allergie ni trouble de l'absorption pour l'expliquer. Ils disent désormais à la famille que le cas doit être traité hors de Gaza.

La perte n'est pas seulement physique. Amira aurait dû entrer en première année d'école ce mois-ci. Elle ne sait ni lire ni écrire, et les enfants avec lesquels elle passe son temps ont deux et trois ans.

Un second cas, dans la même ville, montre la même cause atteignant un enfant à un stade plus précoce. Amna Abu al-Hasani a été portée par une mère souffrant de malnutrition tout au long de la grossesse et est née par césarienne d'urgence au huitième mois, avec un poids de 1,2 kg. À deux mois, les médecins ont diagnostiqué une hypertrophie du cœur due à un affaiblissement du muscle cardiaque, ainsi qu'un grave retard de croissance. Elle a aujourd'hui 10 mois, pèse 5,5 kg et vient d'être classée en malnutrition aiguë sévère. Son père, Youssef, 29 ans, dit que les médecins attribuent ses complications cardiaques, rénales et pulmonaires à son faible poids de naissance. Elle dispose d'une demande de transfert urgent pour être soignée à l'étranger, et son tour n'est pas venu.

L'ampleur qui se tient derrière ces deux cas a été exposée dans le rapport de l'IPC d'août 2025, qui évaluait à 132 000 au moins le nombre d'enfants de moins de cinq ans à Gaza susceptibles de souffrir de malnutrition aiguë jusqu'en juin 2026, et à près de 55 500 le nombre de femmes enceintes et allaitantes dénutries ayant besoin d'un soutien nutritionnel urgent.

Le retard de croissance est ce qui sépare une crise de la faim de la période qui la suit. La nourriture qui arrive plus tard ne rend pas la croissance perdue : c'est pourquoi une famille peut voir les marchés se remplir de nouveau alors que le diagnostic, lui, ne bouge pas. Comptées ainsi — en âge osseux, en une année scolaire qui ne sera pas suivie —, les victimes de la famine continuent de s'additionner longtemps après le retour de la nourriture.