Gaza Gazette
Droits humains

Euro-Med critique les enquêtes israéliennes sur cinq attaques à Gaza

L'Observatoire euro-méditerranéen des droits de l'homme affirme que l'armée s'est examinée elle-même par l'intermédiaire d'un organe relevant de son propre état-major, et qu'elle n'a ouvert d'enquête pénale que dans deux des cinq dossiers. Trente-cinq personnes y ont été tuées.

Euro-Med critique les enquêtes israéliennes sur cinq attaques à Gaza

L'Observatoire euro-méditerranéen des droits de l'homme a déclaré vendredi que les enquêtes militaires israéliennes sur cinq attaques menées à Gaza, dans lesquelles 35 personnes ont été tuées, ne répondent pas aux exigences d'une véritable enquête pénale. Des enfants, des équipes médicales et des humanitaires figurent parmi les morts.

Les cinq dossiers examinés portent sur la mort de sept employés de World Central Kitchen en avril 2024 ; sur le meurtre de la petite Hind Rajab, de plusieurs de ses proches et de l'équipe envoyée pour la secourir en janvier 2024 ; sur Tal al-Sultan, en mars 2025, où 15 secouristes du Croissant-Rouge et de la protection civile ainsi qu'un employé de l'ONU ont été tués ; sur le centre d'hébergement de Médecins Sans Frontières à al-Mawasi, qui a été bombardé ; et sur les tirs visant un convoi d'évacuation de MSF en novembre 2023.

L'armée n'a ouvert une enquête pénale que dans deux d'entre eux, le meurtre de Hind Rajab et Tal al-Sultan, et l'a refusée dans les trois autres, indique l'Observatoire.

Sa principale objection porte sur l'identité de ceux qui ont mené l'examen. L'organe chargé de ces réexamens relève de l'état-major général, souligne l'Observatoire : ce qu'il a produit ne peut donc tenir lieu de dossier pénal abouti. Il met en doute la capacité d'un mécanisme installé au sein de l'armée à juger celle-ci de façon impartiale lorsque les accusations atteignent le niveau de violations graves du droit international.

Dans le dossier World Central Kitchen, l'armée a reconnu de graves manquements dans sa conduite, mais n'y a rien vu qui relève du crime. L'Observatoire rejette cette lecture. Le convoi a été touché trois fois de suite, et des survivants sont passés d'un véhicule à l'autre entre les frappes, ce qui aurait dû obliger les tireurs à vérifier de nouveau ce qu'ils visaient. Il réclame une enquête établissant comment les véhicules ont été identifiés, quels ordres ont été donnés et pourquoi l'attaque s'est poursuivie après la première frappe.

Au sujet de Hind Rajab, il affirme que la position initiale de l'armée, selon laquelle aucun de ses soldats ne se trouvait à proximité de la voiture, contredit les éléments techniques, et il demande que toute la séquence soit prise ensemble : les tirs sur la voiture de la famille et l'attaque contre l'ambulance envoyée ensuite pour la secourir. Sur Tal al-Sultan, il estime que les vidéos et les éléments médico-légaux ne confirment pas la première version de l'armée, selon laquelle les véhicules de secours se dirigeaient vers ses forces sans feux ni signaux d'avertissement, et il demande que chaque salve de tirs soit examinée séparément, jusqu'aux armes utilisées et aux ordres donnés. Il réclame aussi l'examen des témoignages sur l'enfouissement des véhicules écrasés et des corps. Dans les deux dossiers MSF, les conclusions reposent selon lui sur des suppositions et laissent de côté ce qu'ont fourni les survivants et l'organisation elle-même.

Pris ensemble, les cinq cas dessinent un même parcours institutionnel, affirme l'Observatoire : un long réexamen interne, un constat d'erreur opérationnelle, puis un dossier clos sans que personne ne soit poursuivi. Il a demandé à la Cour pénale internationale, ainsi qu'aux enquêteurs de l'ONU à ses côtés, d'examiner les attaques elles-mêmes, avec accès aux preuves et aux témoins, et d'établir les responsabilités tant de ceux qui ont tiré que de ceux qui ont donné les ordres.